© S. Reichenbach
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Et voilà, c’est terminé. 174 jours se sont écoulés depuis que je suis arrivée à San Francisco. 174 jours de découvertes, d’adaptation et de rencontres. 174 jours de voyages, d’excursions, de miles parcourus à travers plusieurs Etats américains. 174 jours de (longs) trajets en Muni, d’université, de mid-terms et finals, d’heures passées à la Library (oui oui). 174 jours de colocation paisibles puis (très) agités, de quelques moments d’incompréhension de la culture américaine et de discussions animées sur quelques sujets significatifs. 174 jours à San Francisco, sur lesquels je vous propose de revenir dans ce dernier post, pensé à la fois comme une sorte de « bilan », et d’aide pour les futurs étudiants en D.U à la San Francisco State University.
Bon alors, ça s'est passé comment l'université ?
- Travailler dans une bibliothèque Hi-Tech, ouverte 7/7 et 24/24: à la bibliothèque, il est par exemple possible de louer des ordinateurs pour quelques heures (nous avons alors le choix entre Mac ou PC – Lorsqu’il n’y a plus aucun Mac disponible, la personne au comptoir de location prend un air désolé, semblant dire « oui, vraiment, c’est une honte et j’en suis navré(e), mais je ne peux vous proposer qu’un PC »). Une partie de la bibliothèque est ouverte 24/24, et l’ensemble est accessible 7/7, ce qui ne donne aucune excuse pour ne pas avoir pu réviser un Final !
- Déambuler dans l’université un café à emporter à la main (pratique nationale fortement développée, à privilégier pour une intégration réussie) : Lorsqu’arrive la pause de midi, c’est un réel plaisir d’aller déguster un petit snack au Cesar Chavez Center. Ma recommandation : un muffins du Cafe 101 accompagné d'un Americano ou d'un Breakfast Tea . Un vrai délice pour bien commencer ses journées à la fac.
Ces deux petits éléments font partie d’une liste non exhaustive de ce qui m’a à première vue (agréablement) étonnée en arrivant dans cette fac, en faisant l'une des mieux équipées que j'avais jamais eu l'occasion de visiter. Et pourtant, malgré ce qui me semblait à moi, petite Française, être exceptionnel,la San Francisco State University est loin d'être la fac la plus moderne de tous les temps. Mes amis américains m’ont vite expliqué qu’il existait en Californie une différence majeure entre les State Universities (universités publiques d’Etat), et les Universities of California (Comme UC Berkeley ou UC Los Angeles), privées et donc réputées considérablement meilleures. Après avoir visité l’UC Berkeley, j’ai en effet réalisé à quel point leur campus était développé et (encore) mieux équipé que celui de la SFSU. Le financement de l’éducation aux Etats-Unis : une problématique majeure !
A la réflexion, je préfère tout de même travailler dans une bibliothèque exiguë, bondée et sans aucun accès à la technologie (ainsi que faire une croix sur les petits snacks ou les cours de sports gratuits proposés après les cours) … plutôt que de payer 15.000$ le semestre. En résumé, avoir accès à une éducation supérieure (presque) gratuite, comme cela a été le cas durant mes années d’études à Sciences-Po Aix et au Celsa, plutôt que de contracter un emprunt et d’accumuler les petits jobs étudiants – comme le font TOUS mes amis américains.
Oui mais plus précisément, au sujet des cours, comment est-ce que les profs, les élèves américains se comportent-ils ? Des conseils pour s’intégrer au mieux et pour réussir ?
Au sujet des cours en eux-mêmes, voici un petit résumé de ceux que je suivais durant ce semestre d’automne 2012. Un cours de communication, deux cours d’allemand (pour pouvoir préparer mon intégration dans une agence de com’ ou chez un annonceur allemand à l’avenir), et deux cours de sciences politiques pour être au plus près de l’actualité américaine en ce qui était une période d’élection présidentielle. Comme vous le savez déjà sûrement, l’organisation des cours diffère considérablement de notre système français :
- Les profs sont sympas, ouverts, toujours disponibles : ceci n’est bien sûr pas une critique à l’égard de mes anciens professeurs en France ! Mais il est vrai qu’aux Etats-Unis, tout est fait pour abolir la frontière Prof/Elèves. Le prof n’est pas du tout pensé comme « un être supérieur », mais vraiment comme un « égal », dont la mission est de discuter et d’interagir avec ses élèves pour le faire accéder au savoir qu’il veut leur délivrer. Du coup, tous les cours sont façonnés de manière à faire participer l’élève le plus possible … ce qui est parfois difficile pour les étudiants étrangers. Dans mon cours sur Walter Benjamin, les trois heures n’étaient composées que d’une vaste discussion sur les passages que nous devions étudier. Pas d’analyse du professeur, ni de cours vraiment établi : cela rendait ce cours particulièrement ardu (d’autant plus que je me suis trompée en m’inscrivant … et me suis retrouvée dans un niveau post-doctorants!)
- Tous les profs disposent d’ « Office hours » (heure de permanence), et il est rare, voire mal vu, de passer un semestre sans aller discuter au moins une fois avec son prof lors d’une de ses permanences, pour parler de ses performances, de son état d’esprit, de son humeur ou même de la pluie et du beau temps. A l’approche d’un Final, notre professeur de Sciences Politiques, pour le cours sur Walter Benjamin, nous a proposé de lui envoyer notre paper avant la date limite, afin qu’il puisse le corriger pour que nous lui renvoyions la meilleure version possible. Ce prof en particulier a toujours été dans la discussion, le dialogue, l’écoute, et je garde un excellent souvenir de lui !
Est-ce que tu conseillerais de faire partie d’une association étudiante ?
Lors de la semaine d’intégration pour les étudiants internationaux, il nous a été conseillé d'entreprendre une activité pour participer au rayonnement de l’association étudiante des étudiants internationaux (International Education Exchange Council). J’ai choisi de devenir Officer au sein de l’ Academic Committee, qui organise des évènements culturels à San Francisco pour les étudiants (internationaux ou non) de la fac. Cette activité a été extrêmement prenante et stimulante et m’a permis de rencontrer un très grand nombre d’étudiants américains et internationaux. Nous avons d’ailleurs gagné le prix du meilleur comité à la fin du semestre ! Je recommande vivement de faire partie d’une association étudiante à la fac, cela permet d’avoir une autre expérience universitaire et de faire de très nombreuses rencontres.
Au niveau colocation, comment est-ce que tu as fait pour trouver ? Quels conseils pour un nouvel arrivant à San Francisco ?
J’ai eu de la chance dans la mesure où j’ai trouvé ma colocation avant d’arriver à San Francisco, par le biais d’une connaissance qui m’a donné le contact de son ancienne colocataire. J’habitais dans le quartier de North Beach, et payais $920/mois pour une chambre dans un grand appartement.
- Les loyers sont TRES chers (beaucoup plus élevés qu’à Paris, pour vous donner une petite idée). De nombreux étudiants partagent des chambres, voire des lits pour réussir à payer leur loyer. Vous trouverez donc sûrement de nombreuses annonces de « room sharing » sur les sites de colocation.
- Pour un étudiant à la SFSU, il est assez difficile d’habiter dans un quartier (très) sympa tout en étant proche de la fac : je mettais plus d’une heure à venir chaque matin, mais l’endroit où j’habitais en valait vraiment la peine. Mes quartiers préférés à San Francisco sont Mission, Noe Valley, North Beach, Inner Richmond (autour de Clement St) et Inner Sunset (Cole Valley, les alentours de UCSF)… mais ils sont malheureusement tous assez loin de la fac. Si vous trouvez une colocation dans le Sunset ou le Richmond, cela peut être très sympa : ce sont des quartiers assez étudiants, et proches de l’Océan, pour lesquels vous débourserez moins. A éviter, certaines parties de Ingleside, réputées un peu craignos.
- Comme vous le savez sûrement déjà, le meilleur site pour trouver une coloc est Craigslist.
- Mon petit conseil du jour : faites très attention à la restitution de votre caution ! Ma colocation s’est très mal terminée dans la mesure où ma colocataire a retiré une grande partie de ma caution, sous prétexte que je n’avais pas payé assez de charges … alors que nous nous étions mises d’accord pour un certain montant par mois. Plusieurs de mes amis se sont fait extirper une caution entière par leurs colocataires. Héberger un étudiant étranger s’avère parfois être un véritable business et certains cherchent à en profiter à outrance, restez donc prudents !
Ok, ok. Mais, en résumé, quels ont été pour toi les chocs culturels les plus marquants lors de ton séjour aux Etats-Unis ?
Si j’essaye d’éviter les analyses bateau, voici un petit florilège de quelques différences culturelles auxquelles je ne m’attendais pas en posant le pied à San Francisco.
- Une autre perception de la jeunesse : alors je le précise tout de suite, il se peut que cette analyse soit faussée dans la mesure où nous étions des étudiants internationaux, ayant moins d’obligations à la fac et payant moins de frais de scolarité. Il apparaît cependant que tous mes amis américains sans exception étaient obligés d’occuper un emploi, voire plusieurs, pour pouvoir payer leurs frais de scolarité. Il y a beaucoup de devoirs à la fac, la ville coûte cher : en résumé, peu d’étudiants sortent et profitent comme j’ai pu le faire au cours de ce semestre. Parmi mes amis, peu avaient voyagé hors de la Californie, n’ayant ni le temps ni l’argent pour le faire. De plus, les interdictions fédérales d’entrée dans les bars et de consommation d’alcool avant 21 ans rajoutent à ce tableau une certaine « oppression » de la jeunesse américaine. Avec plus d’obligations et moins de droits, plus de moments de travail que de loisirs, leur quotidien diffère de celui des étudiants français (avec encore une fois toute la nuance qui est de mise dans cette analyse comparée). Dans mon cours d’allemand, les Américains qui étaient partis en Europe m’expliquaient qu’ils avaient eu la sensation d’une plus grande liberté, d’une société qui n’était pas seulement faite de contraintes. Pas étonnant à mon sens que le cliché des fêtes américaines décadentes (avec à l’appui l’exemple du récent film Spring Breakers) soit aussi tenace : il semble que les étudiants essayent de profiter au maximum et à l’extrême des quelques moments de totale liberté qui leur sont accordés dans leur année scolaire.
- Un rapport à l’argent totalement différent : ce n’est pas un cliché ; pour moi, l’argent est une réelle religion aux Etats-Unis. Les mésaventures que beaucoup d’entre nous avons eues avec nos colocataires à la fin de nos séjours montrent que la recherche du profit prend parfois le pas sur les relations ! De plus, un autre fait m’a marquée : lors de ma visite à New-York, alors que nous achetions nos billets pour le Metropolitan Museum of Art avec mon père, l’employée de la billetterie nous a annoncé le prix de nos deux tickets, puis a ajouté « Cela fait $40 mais vous pouvez toujours donner plus si vous le souhaitez ». Bien que cela se place dans une politique de soutien financier pour une grande institution culturelle, nous avons trouvé quelque peu étrange et peu pudique cette façon de demander plus, encore plus …
- Une ville tolérante, ouverte : parfois quasiment inimaginable d’effectuer un trajet en transports publics sans que votre voisin de métro, de tram ou de bus vous adresse une remarque sur la météo, vous fasse un compliment, ou engage une discussion passionnée sur l’avenir des Etats-Unis. Un contraste saisissant avec les trajets quotidiens en métro parisien. J’ai vu à San Francisco des évènements insolites, rencontré des personnes surprenantes que jamais je n’aurais eu l’occasion de côtoyer en France. De plus, passer son temps avec un mix d’étudiants américains et internationaux est extrêmement formateur au niveau de l’apprentissage des différences culturelles. Ce séjour m’a définitivement ouvert les yeux sur d’autres cultures et d’autres façons de voir et de penser. Je ne peux que conseiller un séjour universitaire de ce type à tout étudiant désireux de s’ouvrir un peu sur le monde pour parfaire et compléter son cursus universitaire.

